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Toi aussi deviens journaliste à France Télévision – Part 2

7 Août

Grâce aux précieux conseils donnés hier, tu brilles maintenant lors de tes commentaires sportifs et/ou interviews d’athlètes. Cette aisance dans la médiocrité t’a permis de te faire remarquer de tes patrons, qui te confient alors les rênes d’une émission en plateau. Ouais, ça y est, c’est toi le boss. Mais attention, cet exercice peut être périlleux, c’est pourquoi je t’offre ici quelques trucs et astuces pour exceller dans ce nouveau métier.

 

 

Unit 2 : le présentateur en plateau

 

Lesson 1 : monopolise au maximum l’attention.

Et oui, maintenant que tu es présentateur, tu dois naviguer entre plusieurs épreuves différentes, et ta présence effective à l’antenne est en réalité très réduite. Tu n’es là que pour passer le relais aux commentateurs sur le terrains (ou lancer des magnétos), il te faut donc marquer les esprits autant que faire se peut. Pour cela, il existe plusieurs techniques, qui peuvent bien évidemment être cumulées (c’est même recommandé).

 

raconte ta vie

Mais attention, pas tes souvenirs d’enfance ou un épisode malheureux, non. Plutôt un évènement particulier qui rendra jaloux les téléspectateurs. Même si tout le monde est au courant depuis des mois (années) de l’info que tu donnes, présente là comme si c’était une exclusivité, histoire de te faire mousser encore plus. Tu peux enfoncer le clou en répétant l’anecdote plusieurs fois afin que ceux qui l’avaient raté la première fois puissent l’entendre.

Inspire toi ici de Gérard Holtz qui annonce « en toute modestie, j’ai eu la chance de diner avec Roger Federer, et la médaille olympique est son objectif ultime ». Tu noteras la performance de faire passer un double message, faire croire qu’il était seul au diner avec Roger (genre ils sont potes), et que Roger lui a fait des confidences sur sa carrière.

De même, comme Gégé encore une fois, tu peux reprendre un collègue sur un nom d’un athlète étranger et lui faire une leçon de prononciation, « parce que tu as la chance de connaitre quelques mots de suédois ».

 

– fait des blagues pas drôle.

On a dit, tu dois marquer les esprits, et pour ça, rien de tel qu’une bonne blague au moment (in)opportun.

Là encore, prend Gégé en modèle, et profite d’être à l’étranger pour parler avec l’accent local. Si en plus le pays hôte a des us et coutumes internationalement connus, saisis l’occasion pour te foutre de leur gueule les imiter.

Tu peux également faire comme Gégé, oui toujours lui (c’est ça l’expérience !), et mettre à profit l’immense bibliothèque musicale mondiale pour chanter la chanson correspondante au prénom de l’athlète dont tu parles.

 

– donne ton avis personnel.

Parce que le journalisme objectif n’est qu »une légende urbaine pour faire peur aux petits enfants, n’hésite surtout pas à donner ton opinion personnelle, surtout si personne ne te la demande. Profite du peu de temps d’antenne qu’on t’accorde pour militer pour des causes qui te tiennent à cœur.

Une dernière fois, copie Gégé qui dit et répète que le judo devrait être enseigné à l’école, afin d’apprendre les valeurs de respect de soi et de l’adversaire. Parce que c’est bien connu que les sports de l’éducation nationale tels que le hand, le basket, l’athlétisme et autres ne nous apprennent qu’à cracher à la gueule de l’autre et à insulter l’arbitre.

 

Lesson 2 : soit de mauvaise foi.

Dans ta carrière, tu rencontreras surement des minis conflits entre journalistes sportifs et athlètes. Ne te remet surtout pas en cause, et soutient tes collègues. Toi tu le sais, tu es professionnel (et tes collègues aussi bien entendu), ce sont les sportifs qui sont cons. Si l’interview est mauvaise, ça ne peut venir que d’eux. S’ils étaient intelligents, 1/ ça se sauraient et 2/ ils feraient un métier où ils utiliseraient non pas leurs mains et/ou leurs pieds mais leur cerveau.

Dans ce cas, tu peux faire comme Lionel Chamoulaud qui revient sur l’interview ratée entre son collègue et les handballeurs après leur match perdu contre l’Islande, et qui incrimine (ces gros cons) de sportifs. Il est évident que le problème ne vient absolument pas des questions merdiques du journaliste, mais de la mauvaise humeur inexpliquée de Nikola Karabatic ou Claude Onesta. (là, tu remarqueras qu’ils n’y mettent vraiment pas du leur, puisqu’étant des hommes, on peut même pas faire une petite blague machiste et inappropriée en disant qu’ils devaient avoir leurs règles).

 

 

Stay tuned…

 

Toi aussi deviens journaliste à France Télévision – Part 1

6 Août

Bon, je dis France télévision, mais je suis sûre que ça marche avec d’autres chaines. C’est juste qu’en ce moment, comme je te l’ai dit (et répété), ce sont les jo, tout ça, et je regarde beaucoup trop. Et donc passer tout ce temps devant la tévé m’a permis d’analyser les prestations des journalistes de France Télévision, ce qui m’autorise maintenant te donner quelques conseils et astuces afin que tu puisses si tu le souhaites, acquérir aisément ta carte de presse.

 

Unit 1 : les commentaires des épreuves et les interviews

 

Lesson 1 : extrapole au maximum les ressentis des athlètes.

Le but étant d’émouvoir au maximum les ménagères de moins de 50 ans. Pour cela, n’hésite pas à tomber dans le pathos en évoquant la famille, surtout si un des membres est décédé (récemment c’est encore mieux).

Prends donc exemple sur Nelson Monfort, qui interview Ophélie-Cyrielle et lui parle de sa mère décédée. Après avoir été doublement félicité par la Fédération de natation et le président de FT, il recommence deux jours plus tard avec Florent Manaudou en mentionnant Fred Bousquet.

De même, tu peux imiter Arnaud Roméra commentant le judo et le combat d’Anne-Sophie Mondière. Tu peux l’encourager en lui suggérant de se battre pour son fils. Par contre, faut espérer que l’athlète que tu supportes aime plus son enfant qu’Anne-Sophie, parce qu’elle, elle a perdu.

 

Lesson 2 : oriente à fond les questions que tu poses aux sportifs.

Il y a ici deux possibilités. La première, le sportif est un peu con, et ne sait pas quoi dire. Donc avec une question où il n’a plus qu’à dire oui, ça évite des grands blancs à l’antenne (pire encore si c’est du direct).

La deuxième, le sportif est intelligent, et il développe un peu trop sa réponse. Et là, il prend tout le temps d’antenne. Ce qui est inacceptable puisqu’il te vole la vedette (cf part 2).

Et puis surtout, navigue uniquement entre les extrêmes. C’est soit « le match référence », soit un désastre interplanétaire. Jamais un match moyen, les gens ne veulent pas de matchs moyens. Ils veulent de l’exceptionnel. Dans un sens ou dans l’autre, on s’en fout, mais du sensationnel.

Là,, tu peux prendre exemple sur à peu près n’importe qui qui demande « alors, c’était le match catastrophe ? », « je suppose que vous êtes déçu d’avoir perdu ? » et autres « ça doit être le plus beau jour de votre vie ? ».

 

Lesson 3 : ne respecte en aucun cas les athlètes.

Quand tu les interviewes, pose des questions à rallonge, qui perdent le sportif tout autant que les téléspectateurs. De toute façon, le but étant d’entendre le son de ta propre voix, pas la réponse du sportif, ne te gêne pas pour lui couper la parole. Alors si en plus tu traduis, c’est le summum, tu peux également avoir une traduction totalement approximative.

Tu peux également l’ignorer et te foutre de ce qu’il est en train de dire si une plus grande star passe à proximité. Parce que le français perdant ou le deuxième c’est bien, mais là encore, les gens préfèrent les winners.

 

Lesson 4

: meuble comme tu peux.

C’est bien connu, les sportifs peuvent aussi être de gros boulets qui font mal leur job, ce qui veut dire que parfois, il n’y a rien à commenter. Mais ce n’est pas une raison pour que tu laisses de grands blancs à l’antenne, il ne faudrait pas que les téléspectateurs se barrent. Tu enchaineras donc platitudes et lapalissades, par exemple en répétant régulièrement qu’il ne va pas tarder à se passer quelque chose, tu le sens. Note bien que ça veut tout et rien dire, et ça peut s’appliquer aux deux équipes.

Tu peux également faire comme ce journaliste qui commentait le marathon dame lors des jo, en précisant que « c’est un des marathons les plus longs du monde ».

Au pire, si tu as épuisé tout ton stocks de petites phrases, n’hésite surtout pas à faire un commentaire sur le physique des athlètes, c’est toujours efficace. Ça marche aussi avec les coupes de cheveux, tes tatouages ou les tenues. Tu peux éventuellement ajouter des détails de la vie perso, c’est bon pour l’audience.

 

Stay tuned…

 

Hommage au(x) perdant(s)

3 Août

En ce moment ce sont les jo. Et j’adore les jo. Enfin, ceux d’été, ceux d’hiver, je dois dire que je m’en contrefous royalement. Sauf le patinage artistique, ça je regarde (d’un œil), parce que telle une enfant un matin de noël, j’attends toujours qu’ils se vautrent. Bref, tout ça pour dire que quand arrive le temps des cathédrales des jo d’été, plus rien n’existe, pendant 15 jours je suis collée à ma télé. J’enquille tout et n’importe quoi (surtout n’importe quoi d’ailleurs), la natation comme le ping-pong, l’athlétisme comme l’haltérophilie, le canasson comme le tir au pistolet. Pas le vélo quand même, faut pas déconner. Ou alors me payer très très cher. Mais pas cher genre je peux m’acheter une montre en or ou une voiture, non cher genre je pourrais combler la dette de la France si j’avais que ça à foutre de mon argent. C’est bien c’est pas bien, j’en sais rien et je m’en fous. C’est comme ça c’est tout. Je voudrais lutter contre que je pourrais rien faire de toute façon, c’est un combat perdu d’avance.

et si en plus le logo est clairement sexuel, c’est encore mieux !! ^^

 

Cette introduction fantastique et merveilleuse pour dire que cette année, je sais pas si c’est mon cerveau qui s’est enfin mis en marche après toutes ces années, ou autre chose que je n’ai pas encore déterminé, mais j’ai eu une révélation (ouais, tout arrive).

C’est en découvrant l’histoire de Thomas Bouhail, médaillé d’argent au saut de cheval à Pékin. Victime fin décembre d’une fracture à la jambe, il se fait opérer, mais la douleur ne passe pas. Le médecin ne s’inquiète pas, c’est normal après une opération. 72 heures après, réussissant à avoir un 2ème avis, on s’aperçoit qu’en se cassant l’os a sectionné une veine. Et que cela n’a pas été réparé. Après avoir subi 16 opérations en 2 mois et frôlé l’amputation, son objectif maintenant est de pouvoir remarcher normalement, sans appareillage. Tu peux imaginer à quel point les envies et les objectifs de médailles peuvent être loin…

C’est en découvrant l’histoire de Gwladys Epangue, médaillée de bronze en Taekwondo à Pékin. Victime d’une infection, une de ses vertèbres est très fragilisée et le moindre coup risquerait de la briser, ce qui entrainerait une paralysie. Heureusement pour elle, c’est traitable, et si tout va bien elle pourra recombattre.

C’est en découvrant les larmes de détresse de cette épéiste :

épéiste coréenne londres 2012 (j’arrive pas à mettre la vidéo, mais regarde)

Là ce sont les exemples que j’ai en tête, parce que les plus récents, mais je suis sûre et certaine qu’il en existe des dizaines (centaines ?) d’autres.

 

Alors oui, quand les français gagnent des médailles, je suis vraiment super heureuse, et la joie qu’ils nous montrent est vraiment communicative.

Mais les jo, ce n’est malheureusement pas que ça. C’est également beaucoup de déception, de tristesse. Parce que bien souvent, tous ces sportifs ont mis leur vie entre parenthèses pendant des années, sacrifiant énormément de temps, d’énergie, délaissant famille et amis.

Il ne faut pas oublier que mis à part quelques chanceux, la plupart de ces athlètes ne vivent pas de leur sport. Ce qui signifie qu’ils ont un (vrai) travail à côté (certains étudient encore). Je sais pas toi, mais moi, en sortant du boulot, j’aurais du mal à aller enchainer les heures d’entrainement. Recommencer, reproduire les mêmes gestes encore et encore, jusqu’à atteindre la perfection. Ou l’épuisement. Et répéter le lendemain. Et le surlendemain.

Tous les athlètes le disent, les jo, c’est quelque chose de vraiment particulier. La configuration, l’ambiance, l’émulation, ils en rêvent tous. Le fait que ce soit tous les 4 ans aussi, ça en fait quelque chose de rare. Et ce qui est rare est précieux. On rentre dans l’histoire. On écrit l’histoire.

Alors il y a ceux qui ratent, qui passent à côté de leur match, de leur épreuve. Parce que c’était pas leur jour, que l’autre était plus fort. Une épreuve, quelques minutes, quelques centimètres, quelques points, et c’est fini, tout ça pour ça. Reste plus qu’à rentrer chez eux. Et puis il y a les absents, parce que blessés bien souvent. Dans l’un ou l’autre cas, une désillusion immense, un chagrin profond, une douleur infinie.

 

À tous ceux-là, je voudrais leur rendre hommage.

Dans mon titre, je les ai appelé les perdants, genre non-gagnants d’une médaille, pas du tout genre losers. Parce qu’à mes yeux ils n’en sont pas, loin de là.

Ce sont des gens qui ont touché du bout des doigts leur rêve (qui parfois l’ont atteint), et même si ça peut paraitre cruel, qu’ils espéraient plus et mieux, c’est déjà beaucoup plus que la majorité d’entre nous. C’est vrai que jusqu’à ces jeux, ok je savais que c’était du boulot, je suis pas complètement conne non plus, mais je n’avais jamais pris pleinement conscience de tout le travail, toute la préparation, tous les sacrifices que cela impliquait. C’est chose faite maintenant (ouais, il était temps).

Ce sont des gens qui méritent le respect, et une reconnaissance bien plus grande que certains petits cons d’autres sports bien plus médiatisés que je ne citerais pas.

À tous ces gens de l’ombre, bravo.