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Toi aussi deviens journaliste à France Télévision – Part 1

6 Août

Bon, je dis France télévision, mais je suis sûre que ça marche avec d’autres chaines. C’est juste qu’en ce moment, comme je te l’ai dit (et répété), ce sont les jo, tout ça, et je regarde beaucoup trop. Et donc passer tout ce temps devant la tévé m’a permis d’analyser les prestations des journalistes de France Télévision, ce qui m’autorise maintenant te donner quelques conseils et astuces afin que tu puisses si tu le souhaites, acquérir aisément ta carte de presse.

 

Unit 1 : les commentaires des épreuves et les interviews

 

Lesson 1 : extrapole au maximum les ressentis des athlètes.

Le but étant d’émouvoir au maximum les ménagères de moins de 50 ans. Pour cela, n’hésite pas à tomber dans le pathos en évoquant la famille, surtout si un des membres est décédé (récemment c’est encore mieux).

Prends donc exemple sur Nelson Monfort, qui interview Ophélie-Cyrielle et lui parle de sa mère décédée. Après avoir été doublement félicité par la Fédération de natation et le président de FT, il recommence deux jours plus tard avec Florent Manaudou en mentionnant Fred Bousquet.

De même, tu peux imiter Arnaud Roméra commentant le judo et le combat d’Anne-Sophie Mondière. Tu peux l’encourager en lui suggérant de se battre pour son fils. Par contre, faut espérer que l’athlète que tu supportes aime plus son enfant qu’Anne-Sophie, parce qu’elle, elle a perdu.

 

Lesson 2 : oriente à fond les questions que tu poses aux sportifs.

Il y a ici deux possibilités. La première, le sportif est un peu con, et ne sait pas quoi dire. Donc avec une question où il n’a plus qu’à dire oui, ça évite des grands blancs à l’antenne (pire encore si c’est du direct).

La deuxième, le sportif est intelligent, et il développe un peu trop sa réponse. Et là, il prend tout le temps d’antenne. Ce qui est inacceptable puisqu’il te vole la vedette (cf part 2).

Et puis surtout, navigue uniquement entre les extrêmes. C’est soit « le match référence », soit un désastre interplanétaire. Jamais un match moyen, les gens ne veulent pas de matchs moyens. Ils veulent de l’exceptionnel. Dans un sens ou dans l’autre, on s’en fout, mais du sensationnel.

Là,, tu peux prendre exemple sur à peu près n’importe qui qui demande « alors, c’était le match catastrophe ? », « je suppose que vous êtes déçu d’avoir perdu ? » et autres « ça doit être le plus beau jour de votre vie ? ».

 

Lesson 3 : ne respecte en aucun cas les athlètes.

Quand tu les interviewes, pose des questions à rallonge, qui perdent le sportif tout autant que les téléspectateurs. De toute façon, le but étant d’entendre le son de ta propre voix, pas la réponse du sportif, ne te gêne pas pour lui couper la parole. Alors si en plus tu traduis, c’est le summum, tu peux également avoir une traduction totalement approximative.

Tu peux également l’ignorer et te foutre de ce qu’il est en train de dire si une plus grande star passe à proximité. Parce que le français perdant ou le deuxième c’est bien, mais là encore, les gens préfèrent les winners.

 

Lesson 4

: meuble comme tu peux.

C’est bien connu, les sportifs peuvent aussi être de gros boulets qui font mal leur job, ce qui veut dire que parfois, il n’y a rien à commenter. Mais ce n’est pas une raison pour que tu laisses de grands blancs à l’antenne, il ne faudrait pas que les téléspectateurs se barrent. Tu enchaineras donc platitudes et lapalissades, par exemple en répétant régulièrement qu’il ne va pas tarder à se passer quelque chose, tu le sens. Note bien que ça veut tout et rien dire, et ça peut s’appliquer aux deux équipes.

Tu peux également faire comme ce journaliste qui commentait le marathon dame lors des jo, en précisant que « c’est un des marathons les plus longs du monde ».

Au pire, si tu as épuisé tout ton stocks de petites phrases, n’hésite surtout pas à faire un commentaire sur le physique des athlètes, c’est toujours efficace. Ça marche aussi avec les coupes de cheveux, tes tatouages ou les tenues. Tu peux éventuellement ajouter des détails de la vie perso, c’est bon pour l’audience.

 

Stay tuned…

 

On est mal barré moi j’te l’dis !

12 Déc

Il y a quelques semaines, j’ai fait ma première surveillance de galop d’essai à sciences po.

Ben ouais, comme environ très beaucoup de la population, galère de taf, donc galère d’argent, donc tapinage sur les boulevards petits boulots à côté toussa toussa…

 

Donc là, je me lève à 7h (un samedi matin bordel !) (même en semaine je me lève pas aussi tôt) (sauf le mardi parce que j’ai cours à 8h) (mais je sens que tu t’en fous), je prends une douche, je saute dans mes fringues et je prends ma voiture jusqu’au boulot. Bon je t’avoue que je suis un peu en pilotage automatique parce que dans le dedans de moi, je dors encore un peu… quoi que dans le dehors de moi aussi, vu la trace d’oreiller toujours présente sur ma joue et le peu d’ouverture de mes paupières.

 

J’arrive donc à sciences po, je rencontre mes collègues, on se présente. Je sais d’avance que je ne retiendrais aucun prénom, mais je fais semblant.

Là c’est du tranquille, devoir à surveiller de 8h30 à12h30, et ce sont des 4ème année. je me dis qu’ils connaissent la musique, ça va être finger in the nose. J’imagine que mon job va consister à feuilleter un magazine le cul bien calé sur mon fauteuil en prenant mon petit dej, et de temps en temps me balader dans l’amphi, en vérifiant vaguement qu’ils copient pas les uns sur les autres. Ah oui et parfois je ferais les gros yeux pour qu’ils se taisent. Mais je suis bien contente d’être du bon côté, c’est-à-dire celui qui me permet de laisser mon cerveau au repos.

 

8h15, les premiers étudiants arrivent et commencent à s’installer dans l’amphi. La surveillante en chef leur demande de bien s’assoir les uns derrières les autres, et en laissant une place vide à coté d’eux. Et bien faut croire que c’est trop compliqué pour eux. Alors on passe notre temps à les reprendre « non, toi avec le pull vert, tu te décales d’une place » « mais pourquoi ? », parce que t’es pas aligné avec celui de devant connard ! L’opération recommence avec le grand blond avec une chaussure noire, la fille à la chemise à carreaux, le mec à la chemise bleue. Ouais ouais, ils sont cons.

 

8h35, un groupe d’une vingtaine d’élèves arrivent (sachant que le devoir commence à 8h30). On leur explique vite fait comment ils doivent s’installer, mais ils en ont rien à foutre. Non, ils préfèrent d’abord dire bonjour et faire la bise à leurs potes. Sachant que c’est un amphi de 250 personnes, on n’a pas commencé encore. Enfin, eux surtout. Mais bon, ils préfèrent faire les malins, genre fuck les horaires, on fait ce qu’on veut. Des gros rebelles de la life en somme. À science po. Laisse moi rire. Ce qui m’a bien fait marrer aussi, c’est quand la surveillante en chef leur a annoncé que pour elle, ça ne changerait rien, ils pouvaient prendre tout le temps qu’ils voulaient pour dire bonjour, elle ramasserait quand même les copies à 12h30. C’est drôle comme ils se sont vite assis… bon ben tu feras la rébellion un autre jour.

 

Les sujets sont distribués, le devoir commence, j’en profite alors pour les observer.

Et là, je me rends compte que beaucoup n’ont pas amené de copies doubles, où sont en panne de blanco ou d’effaceur, de stylo bleu ou noir, de crayon à papier… mais merde les gens !!! Vous êtes en 4ème année, vous savez comme se passe un devoir ! Je ne comprends pas que vos affaires ne soient pas prêtes ! Là se sont vraiment des touristes. Quand tu t’es inscrit, tu savais très bien comment ça aller se passer. Et puis depuis 4 ans que tu fais des devoir le samedi matin, me dis pas que tu découvres ! Mais si ça te plait pas, casse toi, change d’orientation, enfin fais quelque chose quoi, merde !!!

Pour moi, sciences po, c’était des gens matures, qui savent réfléchir, parce que c’est quand même pas donné à tout le monde d’y rentrer. Un peu l’élite en somme. Je m’attendais à voir de la chemise blanche, du mocassin, du cheveu au vent, du BHL quoi ! À la place, du jeune qui pue, du cheveux gras, du sweat baby milo, du t shirt batman ! Putain ça fait pas envie….

 

Et là, pendant que je vomissais de dégoût les surveillais, ça m’a sauté au yeux. En fait, ils ont le même comportement puéril et insupportable que mes élèves. Tu sais, ceux qui sont en 4ème. Segpa. Les mêmes. Crâneurs, hautains, qui se croient tout permis. Qui pensent qu’ils connaissent tout de la vie. Qui pensent qu’ils vont t’apprendre la vie.

Personnellement, je pense que ça aurait plus de poids s’ils étaient capable de préparer une trousse. Et de prendre une douche aussi…

 

Et dire que c’est l’élite. Que ce sont eux plus tard qui bosseront dans de grands cabinets d’audit ou de communication, de banques, dans des administrations…qui prendront de grandes décisions.

On est mal barré, moi j’te l’dis !

 

« Tu peux pas savoir »

17 Oct

 

En général, cette affirmation suit une 1ère partie de phrase faisant un constat sur ta vie merdique, genre « t’as pas d’enfants donc tu peux pas savoir ». Ce qui est super, c’est que ça peut marcher avec tout : « t’as pas de boss hystérique/de mère tyrannique/de chéri/d’animaux/de gros seins/les oreilles décollées/25kg en trop…, tu peux pas savoir »…

 

Alors, non, c’est vrai que pour la plupart de ces choses, j’en ai pas. Par contre, j’ai un truc génial qui toi a l’air de te faire cruellement défaut, c’est un cerveau, dear.

 

Reprenons l’exemple des enfants. Il est vrai que je n’en ai pas, mais ça m’empêche pas d’y avoir réfléchi et d’avoir quelques idées sur leur future éducation. Parce que oui, j’écoute mes copines qui ont des enfants, j’observe comment elles font, je lis des articles, je lis des blogs, j’enregistre ce qui me plait, ou me plait moins… Ça veut pas dire que j’ai la science infuse, mais j’ai une opinion. Peut-être que mes idées sont merdiques et que finalement je reviendrais dessus, mais c’est pas une raison pour m’envoyer bouler comme si j’étais la dernière des connes.

 

En fait ce qui t’emmerdes, c’est que je n’abonde pas dans ton sens. Je te plains pas suffisamment à ton gout, je te rassure pas en te disant que ça va s’arranger parce que t’es la meilleure maman du monde. Alors je vois bien que tu commences à t’énerver parce que j’ai pas l’air de comprendre ce que tu dis, tu souffles, tu répètes au cas ou j’avais pas bien compris la 1ère fois. Et inévitablement, tu sors cette phrase passe-partout qui bien évidemment clos la discussion : « de toute façon, t’as pas d’enfants alors tu peux pas savoir ».

 

Moi ce qui m’emmerde, c’est que tu sais pertinemment que j’ai pas de gosses, et pourtant, tu viens toujours me raconter tes malheurs. Mais je n’ai jamais le droit de donner mon avis. Donc si je comprends bien, je suis juste là pour que tu te plaignes, pour que je te plaigne. En gros, tu parles, j’écoute religieusement et j’acquiesce. Et si jamais j’ai le malheur d’ouvrir ma grande gueule, je me fais renvoyer dans mes 22 par cette phrase lapidaire et sans appel : « de toute façon, t’as pas d’enfants alors tu peux pas savoir ».

 

Maintenant tu remplaces le mot enfants dans les paragraphes au dessus par boss hystérique/de mère tyrannique/de chéri/d’animaux/de gros seins/les oreilles décollées/25kg en trop, et là, magie ! Ca marche tout pareil.

 

Alors oui, je n’ai peut-être pas exactement le même problème que toi. Je ne peux surement pas comprendre à 100% ce que tu vis, mais je considère que si tu m’en parles, c’est aussi pour que je te donne mon point de vue. Peut-être que j’abonderais dans ton sens, peut-être que je n’aurais aucune solution à ta difficulté du moment, peut-être que je dirais le truc auquel t’avais pas pensé parce que j’ai lu quelque chose là-dessus 3 jours avant. A partir de là, tu vas rebondir et qui sait, deux cerveaux valent mieux qu’un, et on pourrait bien trouver une (un début de) solution.

 

C’est ce qui s’appelle une discussion. Tu vas voir, c’est assez sympa. Tu devrais essayer un de ces jours…