La gestion des sentiments

21 Nov

Cet article pourrait s’appeler « pourquoi ce blog – part 2 », mais comme je n’ai pas appelé la première partie comme ça, ça ferait bizarre.

Et là, je sens bien que tu t’interroges. Quoi ? Y a eu une première partie ? Bon c’est vrai que ça remonte, donc si tu ne t’en rappelles pas, c’est là.

 

Plus jeune, mon but était d’être transparente, invisible. Ce n’était pas conscient bien entendu, c’était ma manière d’éviter les réflexions de mes parents parce que je passais 1/2h devant la télé en rentrant de l’école et que j’avais mieux à faire (genre mes devoirs) ou parce qu’on parlait trop à table (oui, j’avais fait l’erreur de demander de l’eau à mon frère pendant que mes parents se racontaient leur journée). C’était ma manière d’éviter mon grand frère qui m’a répété tous les jours pendant presque 10 ans que j’étais pas sa sœur, qu’on ne se connaissait pas et que j’avais pas intérêt à lui adresser la parole. Ambiance, ambiance…

Alors dans la maison, je jouais à être un chat, ou agent secret. Dans les deux cas, ne rien faire qui puisse attirer l’attention. Surtout ne pas croiser mon frère. Pas un bruit, pas un mot, pas un geste, je me faufilais sans être vue. J’arrivais tellement bien à me faire oublier que mes parents devaient souvent vérifier que j’étais bien rentrée de l’école. À 19h.

Je pouvais rester des heures dans ma chambre, allongée sur mon lit, à me divertir des péripéties de mes héros, ou carrément à rêver d’aventures plus fantasques les unes que les autres, qui me sortiraient de mon ennui quotidien, de cette routine qui déjà me déplaisait.

J’étais obéissante, sage. Je n’ai jamais fait le mur, je n’ai jamais eu de punition, pas d’heure de colle. J’ai toujours demandé la permission, toujours respecter les horaires. Je faisais du mieux que je pouvais pour être une petite fille modèle, à ne pas les déranger, je mettais le couvert, débarrassais, m’occupais de mon petit frère, faisais le ménage, mais ça n’allait jamais. Parce que j’avais oublié de vider le lave linge ou d’arroser les plantes.

Mes copines ? Ils ne connaissaient même pas leur nom. Les rares fois où je les voyais le samedi après midi, ils soufflaient et levaient les yeux au ciel. Citer un film, une série, un livre, un chanteur que j’aimais ? Ils en étaient incapables. Par contre, ils savaient dire que c’était de la grosse merde vraiment pas terrible.

Et moi j’encaissais. J’encaissais, parce que je croyais que c’était la norme, que c‘était comme ça que ça se passait. Je prenais sur moi, je ne répondais jamais. à quoi bon ? De toute façon, j’avais tort.

 

Et puis petit à petit, en grandissant, en observant les familles autour, j’ai réalisé que non, ce n’est pas normal d’avoir autant été niée en tant que personne. Et que j’ai le droit d’exister. Que j’ai le droit de parler, de bouger sans forcément exaspérer tout le monde tout le temps. Que j’ai le droit d’aimer des livres, des séries, des films ou des chanteurs, et que c’est pas grave si ça ne plait pas.

Je me rends compte que toutes ces émotions, tous ces sentiments que j’ai enfoui tout au fond de moi pendant tant d’années sont en train de sortir. Le problème, c’est que je ne sais pas faire. Je ne sais pas me gérer. Toute cette sensibilité sort une peu n’importe quand n’importe comment. Je suis toujours dans les extrêmes, incapable de trouver un juste milieu.

Alors, en attendant de savoir me contrôler, j’écris. J’écris des petites histoires, et parfois des grandes. J’écris les choses marrantes qui m’arrivent, et les moins marrantes. Je couche sur papier la douleur, la souffrance. Les vagues de colère qui parfois me submergent et qui me font peur.

Je pourrais aller crier en forêt, mais non. Ça pourrait déranger quelqu’un. Je pourrais aller jeter une bouteille à la mer, mais non. Ça pollue, c’est pas bien. Alors j’écris. Ça me permet de mettre des mots sur ce que je ressens, et de pas réagir à chaud. Ça me permet de ne pas dire des choses que je pourrais regrettais, ou d’avoir un geste malheureux. C’est la seule méthode que j’ai trouvé pour prendre un peu de recul.

Ma famille trouve qu’il y a quelque chose de pas normal chez moi, et m’a souvent conseillé d’aller voir un psy. Venant d’eux, j’apprécie l’ironie.

 

Et puis un jour j’ai ouvert un blog. C’est un peu mon cri en forêt. C’est un peu ma bouteille à la mer. La différence, c’est qu’on me répond. Je peux dire tout ce qui me passe par la tête, les joies comme les peines. Je sais bien que j’écris beaucoup, peut-être même trop, mais pour l’instant j’en ai besoin. Parce que j’ai des années et des années de sentiments refoulés, et qu’il faut que ça sorte. Et puis comme ça je m’aperçois que je ne suis pas seule. Parce qu’on me laisse un commentaire, on me rassure, on m’encourage. Ici j’existe.

 

Alors le poids que j’avais sur la poitrine s’allège. J’arrive à me calmer, presque à m’apaiser. Je peux respirer à nouveau. Jusqu’à la prochaine vague…

 

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21 Réponses to “La gestion des sentiments”

  1. annick 21 novembre 2011 à 13:08 #

    ça me parle beaucoup ce que tu écris. je vivais de la même façon que toi mais je n’étais pas niée en tant que personne, au contraire, j’étais aimée, choyée, tout ce que tu veux et pourtant je voulais faire le moins de bruit possible, prendre le moins de place possible. alors j’ai écrit aussi, beaucoup, pour tout, pour rien. et vint le blog, mon cri en forêt aussi. j’aime faire partie de ce monde des blogs intimes et décalés, pas influents pour un sous. mon blog c’est une sortie entre copines. une ptite bière?

    • la fée tatouée 23 novembre 2011 à 12:40 #

      oui, je me rends compte que l’écriture aide beaucoup de monde.
      pour ce qui est des blogs, c’est sur que le mien n’est pas influent, mais je m’en contrefous, il est pas là pour ça.
      et pour la bière avec les copines, c’est avec grand plaisir !

  2. Isa 21 novembre 2011 à 13:16 #

    très bizarre que je ressente pareil parce que comme Annick, j’ai été choyée et j’aurai été écoutée si j’avais voulu m’exprimer
    mais je n’ai jamais écrit avant d’ouvrir mon blog il y a 4 ans.. depuis je n’arrête pas :))

    • la fée tatouée 23 novembre 2011 à 12:42 #

      moi je n’étais pas écoutée de toute façon donc je suppose que j’ai arrêté de vouloir m’exprimer. heureusement c’est passé !
      en tout cas, je suis contente que tu te sois mise à l’écriture, sinon on ne se serait pas rencontrées 🙂

  3. Laurie 21 novembre 2011 à 15:54 #

    très chouette article qui explique bien le pourquoi du comment d’un blog. On a toutes des raisons plus ou moins conscientes de se lancer dedans mais une chose est sûre, c’est une formidable aventure !

    • la fée tatouée 23 novembre 2011 à 12:44 #

      merci beaucoup !
      ça c’est sur que c’est une aventure, et qui permet de rencontrer plein de gens sympas et interessant en plus !

  4. Louisette58 21 novembre 2011 à 15:56 #

    Ben mince alors !?!?! Être sage c’était ton truc ?Jamais une révolte ? Pas de claquement de porte ? De fugue ? De révolution capillaire ? Un petit ami grunge ? De tatouage indélébile alors que ta mère fait tout pour que la cicatrice du vaccin ne se voit pas sur ton bras ? Te faire virer de tous les lycées ? En fait, si, ton « truc » c’est la sagesse ben tu as bien fait, au moins (enfin je l’espère) tu n’as pas de regret et « on » ne peut rien te reprocher ! **Sij’avaissujauraiséssayé** 😉

    • la fée tatouée 23 novembre 2011 à 12:55 #

      je sais pas si être sage était mon truc, mais ça l’est devenu par la force des choses.
      une révolte ? oui, j’ai du attendre 25 ans et que mes parents habitent à l’autre bout du monde pour la faire…
      un claquement de porte ? même si j’avais voulu, ça n’aurait pas été possible, la mienne coincait.
      une fugue ? à 7 ou 8 ans j’y avais pensé. j’avais meme commencé à préparer mon sac pour aller chez mes grands parents et puis je ne suis pas partie parce que c’était l’heure de mon cours de piano; tu vois la révolutionnaire…
      les copains ? j’ai attendu très longtemps avant d’en avoir, alors un grunge, surement pas.
      les tatouages ? le premier je l’ai pas fait avant d’avoir la vingtaine passée.
      me faire virer ? j’aurais jamais osé aller jusque là, mais y a quand même eu quelques redoublements. comme y a que les notes qui les interessaient, ça es a bien fat chier 🙂
      le pire, c’est que oui j’ai des regrets… jaurais mieux fait de me rebeller à 15 ans, ça aurait éviter des années de non-dits. mais bon, c’est trop tard maintenant

  5. Lily 21 novembre 2011 à 19:47 #

    L’écriture est un excellent moyen pour se décharger. Certains de mes articles sont parfois libérateur, mais d’autres non. Et comme on en eput pas le savoir à l’avance, il faut écrire et se laisser surprendre par l’effet bénéfique qu’ils ont.
    Dans tous les cas, écris autant que tu en as envie/besoin sans te censurer ou te mettre tes barrières. 😀

    • la fée tatouée 23 novembre 2011 à 13:02 #

      c’est exactement le terme, se décharger d’un poids. je me doutais bien que ça te parlerait aussi 😉

  6. thalie1975 21 novembre 2011 à 21:31 #

    continues d’écrire si ça te fais du bien, écrire ça libère beaucoup… perso j’ai utilisé les poèmes pour exprimer ce que je ressentais, car parfois j’ai du mal à dire ce que je pense de peur de vexer ou de ne plus être aimée… voui, j’ai été un peu trop couvée et choyée… petit à petit, tu trouveras le juste milieu et l’équilibre qui te convient 😉 en attendant continues d’écrire sans te poser de questions ! l’essentiel c’est juste que tu te sentes bien …

    • Allye 23 novembre 2011 à 07:58 #

      Gestion et sentiments ça ne va pas ensemble… Mais lâche toi, je t’en prie… et pour ce qui est d’aller voir un psy pourquoi pas ??? Mais tu donnes le n° aussi à ton grand frère et à tes parents… parce que franchement…

      Continues à écrire, j’adore te lire… et tant mieux si l’écriture t’apaise. Pendant une longue période je n’avais plus de mots, la maladie de mon frère prenait toute la place et j’avais arrêtée. J’ai repris, cela veut sans doute dire que je vais mieux… oui écrire fait du bien et les commentaires encore plus …. lol

    • la fée tatouée 23 novembre 2011 à 13:06 #

      merci pour tes encouragements.
      c’est ce que je me dis, qu’à force d’écrire ça ira mieux, et comme tu dis j’ariverais à trouver un juste milieu.

  7. jean paul galibert 22 novembre 2011 à 22:21 #

    Votre texte est émouvant.
    Il est heureux que vous ayez rencontré l’écriture.
    Je pense aussi que d’autres personnes vous attendent,
    et que votre vécu vous prépare à vivre avec eux des choses bien plus intéressantes…

    • la fée tatouée 23 novembre 2011 à 13:09 #

      merci beaucoup.
      j’ai longuement hésité avant de le publier, et puis je me suis dit que si certains blogs m’avaient aidée, peut-être que mon article parlerait à quelqu’un aussi…

  8. christine 24 novembre 2011 à 00:43 #

    Ce qui me touche dans tes articles,c’est ta sincérité.
    Je crois que c’est toujours un peu le (grand) bazar avant d être en paix avec soi-même et avec les autres…
    En tout cas moi aussi j’adore te lire!

    • la fée tatouée 24 novembre 2011 à 11:56 #

      merci beaucoup !
      pour les articles, je crois que même si je voulais faire autrement, je ne saurais pas faire. un blog, c’est quand même très narcissique donc je ne vois pas l’intérêt d’en avoir un sans se raconter un petit peu. sinon autant acheter un livre de psychologie, de recettes de cuisine ou un guide michelin…
      pour le reste, c’est encore en travaux, mais ça avance doucement

  9. Cleophis 26 novembre 2011 à 15:32 #

    C’est très profond ce que tu dis et si ça peut te faire du bien de nous parler à travers le blog, n’hésites pas ! J’aime beaucoup te lire 🙂

  10. Agoaye 26 novembre 2011 à 15:36 #

    J’ai été presque pareil… J’étais ce qui restait de leur amour quand mon père est parti, du coup : discrète aussi. C’est une des qualités que j’ai tendance à mettre en avant.
    Mes appels à moi étaient cependant nettement plus violents : déchirures de chairs et traces de sang, sur moi évidemment ! Le reste faut pas toucher, pas casser, pas abîmer.

    J’en ai fait du chemin depuis, et le gros connard qui croise ma route ne me trouve pas discrète du tout quand je lui dit que je trouve qu’il est un gros connard 🙂

    J’en ai souffert donc, mais plus à présent, j’me suis fait mes preuves…

    • la fée tatouée 27 novembre 2011 à 12:32 #

      t’inquiètes pas, le gros connard je sais bien le remettre à sa place aussi ! c’est vis-à-vis de la famille que c’est plus dur. mais bon, je sais que je suis pas la seule dans ce cas..

oh oui, pintade avec moi !

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