Il y a fort longtemps (genre 1 mois ou 2), je t’ai raconté que le samedi matin, je fais des surveillances de galop d’essai à Sciences Po. Et bien ce matin j’en ai fait une. Bon j’en ai fait d’autres entretemps, mais rien de particulier à raconter (enfin si, mais ça fera l’objet d’un autre article) (oh le teaser de fou !!).
Donc ce matin… ben comme les autres samedis matins. Je te rappelle le déroulement du galop d’essai : épreuve de 4h commençant à 8h30, sortie définitive au bout d’une heure, sortie pour aller aux toilettes au bout de deux heures. Soit 10h30 si t’as bien suivi.
Ce matin, il y a une nouveauté pour moi. Je suis aussi chargée d’aller relever 1 ou 2 fois dans la matinée une collègue qui s’occupe toute seule dans une salle à côté des tiers temps (en même temps y en a que 2 donc c’est pas super violent non plus).
8h12 : j’arrive à Sciences Po avant le début, j’entre dans l’amphi et là, je me transforme instantanément en glaçon. Et oui, j’ai la chance de passer 4 heures dans un amphi pas chauffé. Oh putain, je sens que ça va être sympa…
8h23 : une étudiante venue s’installer un peu avant me tombe dessus : "mais c’est inadmissible, on peut pas travailler avec ce froid, non mais vous pourriez mettre le chauffage, c’est pas possible des conditions pareilles !!!" alors pétasse, si tu réfléchissais 2 secondes avant de parler, tu comprendrais que les conditions, ben ce sont exactement les mêmes pour moi aussi. Oui, moi aussi je vais passer 4 heures dans un amphi pas chauffé. Et non, je ne peux rien faire pour le chauffage, c’est pas moi qui m’en occupe et je sais même pas où il est. Donc t’es mignonne, tu te calmes, ou tu vas aboyer ailleurs. Dans les 2 cas, tu me laisses tranquille.
8h28 : la majorité des étudiants arrive et s’installe.
8h30 : une collègue surveillante que nous nommerons Tatie Danielle vient me voir pour me demander ce qu’on fait. Ben oui, il est 8h30, c’est supposé être le début de l’épreuve et tous les étudiants ne sont pas installés. Genre y en a 5 qui sont pas à leur place. Shocking ! Je sens qu’elle panique, alors je lui dis que dès qu’ils sont assis, on commence l’épreuve. Ouais ok, on aura 3 minutes de retard. Ben madame, ça lui va pas. "parce que ça veut dire qu’on va finir en retard, et que moi, j’ai des impératifs moi !" c’est pas que j’en ai rien à foutre, mais pour 3 minutes, tu vas pas me faire chier. Et puis c’est sur que c’est la seule personne au monde à avoir prévu quelque chose après la surveillance.
8h32 : Je lui dis que c’est pas très grave non plus et là, madame s’enflamme "j’ai été étudiante moi, j’ai été prof moi, j’ai passé des concours moi, et jamais je n’ai été en retard. Jamais ! Je suis toujours arrivée au moins 1/2h avant, et je comprends pas qu’ils ne fassent pas pareil !!" Ah tiens t’as du rater la partie où je disais que t’as vie je m’en contrefous. Comme une conne j’essaie de lui expliquer que c’est déjà pas mal qu’ils soient là, rapport à l’odeur très alcoolisée qui laisse supposer une soirée fort sympathique que certains étudiants dégagent. J’aurais mieux fait de fermer ma gueule, parce que bien sur, je me suis pris le 2ème effet kiss kool en plein dans la face "ah ben voilà, maintenant les jeunes on peut plus rien leur dire. Ben oui, laissons les faire ce qu’ils veulent. Aucune limite, c’est bien ! Non mais c’est pas normal, ils se croient tout permis et blablabla !" bon là j’ai décidé de la laisser finir toute seule, parce que je te rappelle que c’était encore le matin pour moi, et ça commencer à faire beaucoup en très peu de temps.
8h35 : Tatie Danielle, elle était tellement tendue qu’elle a préféré dire le sujet au micro. Elle s’est dit qu’écrire 4 mots au tableau, ça prendrait beaucoup trop de temps, rapport à ses impératifs.
8h36 : une autre collègue (qui ne devait pas avoir d’impératif elle) écrit le sujet au tableau.
8h37 : les élèves râlent, parce que le sujet du tableau n’est pas le même que celui donné par Tatie Danielle.
8h38 : tatie Danielle engueule la collègue qui sait pas recopier un sujet correctement, et redonne son sujet aux élèves.
8h39 : après vérification, Tatie Danielle a bien dit de la merde à tout le monde.
8h40 : l’épreuve peut enfin réellement commencer. C’et là que je m’interroge sur l’efficacité de donner un sujet à l’oral pour aller plus vite.
8h41 : mes 4 autres collègues sont absorbées dans les mots fléchés du programme tévé, dans l’horoscope du programme tévé ou dans leur livre.
8h45 : je décide de me balader dans l’amphi histoire de me réchauffer.
9h45 : un étudiant se lève pour aller aux toilettes. Étant la seule débout, et à côté de la porte de l’amphi, je lui explique que c’est pas possible pour l’instant, et qu’il va falloir attendre. Il retourne s’assoir.
9h46 : un étudiant se lève pour aller aux toilettes. Étant la seule débout, et à côté de la porte de l’amphi, je lui explique que c’est pas possible pour l’instant, et qu’il va falloir attendre. Il retourne s’assoir.
9h47 : un étudiant se lève pour aller aux toilettes. Étant la seule débout, et à côté de la porte de l’amphi, je lui explique que c’est pas possible pour l’instant, et qu’il va falloir attendre. Il retourne s’assoir.
9h48 : un étudiant se lève pour aller aux toilettes. Étant la seule débout, et à côté de la porte de l’amphi, je lui explique que c’est pas possible pour l’instant, et qu’il va falloir attendre. Il retourne s’assoir. Et moi je m’interroge de plus en plus sur la bêtise des gens.
9h49 : Tatie Danielle bouge son cul pour venir me voir. "je voulais te dire qu’on n’est pas d’accord avec ta façon de refuser aux étudiants d’aller aux toilettes !" WTF ????? "oui tu comprends, les pauvres, quand même, avec ces conditions, on peut faire une exception…"
"oui on pourrait, mais là concrètement, ils en sont pas encore à se pisser dessus. Ils connaissent les règles, ils peuvent se retenir. Et puis accessoirement, ça va bien être le bordel, parce que la semaine prochaine, ils vont pas comprendre pourquoi ils peuvent pas aller aux toilettes quand ils veulent puisqu’on les a laissé faire"
"non mais aujourd’hui, c’est exceptionnel, avec le froid. Et puis on n’est pas des machines. Les règlements c’est bien mais il faut aussi des exceptions"
"ben la semaine dernière aussi il faisait froid et ça allait très bien, et si ça se trouve, la semaine prochaine il fera froid aussi…"
"ah ben ça t’en sais rien !"
Alors je sais que je parait dure, mais bon, faut pas déconner non plus. Je suis pas sans cœur, j’ai déjà fait des exceptions pour des étudiants malades, ou certains qui avaient une raison valable (genre infection urinaire). C’est déjà arrivé qu’on autorise à aller au toilettes plus tôt, mais plutôt 10 ou 15 minutes avant. Pas 45. Là c’est abusé. Et puis c’est un peu facile de me demander de les accompagner, alors que toutes les autres ont le cul vissé à leur fauteuil. Alors c’est sur que c’est pas marrant de faire des a/r aux chiottes, c’est mieux de lire son bouquin. Donc ça les arrangerait bien que je le fasse. Mais je vois pas pourquoi je serais la seule.
Et puis ça me fait bien marrer que ça vienne de Tatie Danielle. La femme qui gueulait comme un putois parce que des élèves avaient 3 minutes de retard et que c’était inadmissible. Qu’ils connaissaient le règlement et qu’ils avaient qu’à s’y plier. Qu’on leur laissait vraiment faire n’importe quoi. Par contre, qu’ils sortent avec 45 minutes d’avance ? Non ? Là ça la choque pas ? Ben voyons ! Faudrait savoir. Exception ou pas exception ? Quand ça l’arrange si je comprends bien…
10h05 : une étudiante se lève, et nous demande si elle peut aller se chercher un snack au distributeur en bas. Ben là, c’est pareil, normalement, elle a pas le droit. Mais Tatie Danielle m’a regardé, et puis s’est tournée vers l’élève et lui a dit que bien sur et qu’elle l’accompagnait. Pute.
10h20 : je pars dans la salle d’à côté relever ma collègue des tiers temps. En fait on discute dans le couloir, et elle me demande ce qui s’est passé dans mon amphi. Alors là, franchement, les bras m’en tombent. Mais vraiment. Je suis sur le cul. Tatie Danielle a réussi à se plaindre de moi aux autres !! Et elle a pas perdu de temps cette pute. Je raconte à la collègue ma version, et heureusement, elle me soutient !
10h30 : je reviens dans mon amphi. Trouvant toute cette histoire totalement hallucinante, je me dis que ça en ferait une très bonne histoire à raconter.
10h31 : je sors mon netbook de mon sac, et commence à écrire.
10h33 : une autre collègue, ressemblant fortement à Martine Aubry, aussi aimable et chaleureuse, lève enfin son cul de son fauteuil, et me fonce dessus. "les ordinateurs c’est interdit !!" WTF ??? "oui, si tu tapes, tu peux pas surveiller les étudiants !" (Si je tapes ? ça veut dire que regarder un film j’ai le droit ?) non mais j’hallucine là ou bien ? On me fait une blague c’est ça ? Depuis ce matin, en fait, c’est surprise sur prise ? Je ne vois pas d’autres explications à une matinée aussi merdique. Alors c’est vrai, je peux concevoir qu’un ordinateur ne soit pas autorisé mais 1/ elle peut le dire autrement et 2/ je suis une enfant de la technologie, ce qui veut dire que je sais taper sans regarder mon clavier, ni mon écran (ouais, je me la pète graaaave !). Et puis alors qu’on m’explique pourquoi les livres sont autorisés aussi. Parce que j’ai fait pas mal de surveillances où les surveillants ne levaient pas la tête de leur bouquin tellement ils étaient absorbés.
10h35 : j’ai écrit 5 phrases. Bon ben tant pis. Je ferme mon netbook et je le range.
10h36 : Martine Aubry retourne à ses mots fléchés. Et moi je fais plus rien… ah si, je surveille les étudiants. Qui travaillent. Si au moins ils pompaient ça me ferait de l’occupation. Même pas.
10h50 : je retourne relever ma collègue. Pendant qu’elle part se chercher un café, j’en profite pour lire les magazines qu’elle a laissé en faisant un gros bras d’honneur mental à Martine Aubry.
11h : je retourne dans mon amphi. Je remarque que Martine Aubry a commencé à discuter avec Tatie Danielle, qui est dos aux étudiants. Faut croire que ça, c’est autorisé. Ça doit être plus efficace pour surveiller que si elle avait un ordi…
12h30 : la surveillance est finie, je range vite mes affaires pour pouvoir partir au plus vite. Martine Aubry essaie de savoir qui passe devant l’accueil, comme ça on pourrait déposer les copies à sa place. Après un autre fuck mental, je ne répond pas et je me casse !
Sincèrement, je te dis pas comme j’ai été heureuse de me lever et de braver le froid pour une matinée pareille. Il me tarde tellement la prochaine surveillance pour recommencer !
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